Un photographe parmi les anges
(...)La voix cassée, le regard bleu, un visage qui évoque David Niven, Paolo Roversi est un Italien de Paris qui, sans rien renier de sa culture, aurait ajouté un nuage british, et pas seulement parce qu’il a habité un temps à Londres, pour donner une définition de l’élégance et développer une oeuvre consacrée à la beauté, aux antipodes d’un réalisme cru qui a gagné la photographie actuelle. Il est né en 1947 au bord de la mer, à Ravenne (Emilie-Romagne), et a grandi à côté des plus belles mosaÏques d’Europe. Elles l’ont marqué à jamais, comme toute l’iconographie de son enfance, notamment les images de missel qu’on commente au catéchisme. Son style vient de là : une figure centrale sur un fond neutre, souvent un blanc crémeux, un rapport direct au sujet, au corps, aux formes, aux couleurs. « La nostalgie de l’enfance est le premier moteur de mon travail. » Le second ? « L’inconnu. »

Il parle de photographie aussi bien que de football : toujours de biais, plus proche des sentiments que des faits. « Ne pas comprendre me permet de rester spontané, chaque fois que je raisonne, j’ai du mal à faire des images personnelles .» (...) Il a enrichi un style très reconnaissable – et copié – par des expériences qui le font avancer : une influence de la contre-culture des années 60 – la beat generation, Kerouac, Ginsberg, le Living Théatre; un goût pour les voyages dont il rapporte des images – le Yémen par exemple; une connaissance rare de l’histoire de la photo et une belle collection personnelle; une solide bibliothèque spécialisée; un art contemporain qui le passionne – l’art minimaliste, Spalletti dont les couleurs de terre se retrouvent dans ses images tout comme les tons indéfinis de l’Arte povera; un goût récent pour l’enseignement qu’il va délivrer, à partir de 2000 à l’ESAG, une école d’arts graphiques parisienne. Et puis il y a les rencontres. (...)
Michel Guerrin
Le Monde December 9th 1999
Le Monde December 9th 1999

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